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Pour un mordu de qualité sonore comme Stephin Merritt, le nouvel album de son groupe, Magnetic Fields, paraît impensable. Imaginez un groupe fondamentalement ironique, à la limite de la dépression, animé par un souci formaliste absolu. Imaginez que l’une de leurs sorties est un triple album nommé 69 Love Songs, un chef d’œuvre d’acidité romantique, de deuil sentimental et d’humour naïf, aux mélodies claires et envoûtantes. Ensuite, imaginez que ce groupe fantastique brûle ses guitares et s’achète un tas d’amplis crades pour y brancher des ukulélés, des pianos et des violoncelles. Qu’ils enregistrent leurs parties de batterie dans un hall d’immeuble. Qu’ils aient fait une cure intensive de Jesus & Mary Chain. Et qu’ils appellent l’album ainsi obtenu Distortion. Enfin, imaginez que c’est un album incroyablement bien. Que sous ses sonorités polluées avec soin, il conserve cette part de beauté mélodique formelle. Qu’il s’agisse d’un grand disque pop plongé dans un bain d’acide, d’une hybridation folle et hypnotique, de l’un des disques dont on peut se dire « il marquera 2008 ». Maintenant, dîtes-vous que c’est la réalité.
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